viernes, diciembre 07, 2007

Carlos Barbarito. Sept Hivers. Traduit par Chantal Enright et Elina Julia Kohen

( À Alejandro Puga)


…And wingless truth and larvae lie
And eyeless hope and handless fear…
Edith Sitwell

I.

Encore le voyage? Partir
vers l’inconnu?
à bord de quel train,
de quel bateau, à pied ?
Cela est-il encore possible,
y-a-t-il une raison,
un sens? Ou ne reste-t-il
que la résignation d’être vivant,
de respirer, de se souvenir
qu’une fois il y eut et qu’à présent il n’y a plus?
Cela peut-il constituer la vie
et non pas la soif de mer
en plein désert, le rêve d’une femme
parmi les ombres,
d’une musique au cœur du silence?


II.

Mais il y a le feu qui purifie. Et
l’obscure vérité sous la fange,
quelque vertu minime après la honte.
Des heures dans l’obscurité et un
instant face à une lumière aveuglante.
Le savoir et l’ignorance.
L’écharde, le paradoxe, l’éperon.
La main pétrit ce que la bouche ne mangera pas.
La bouche mord ce qu’elle devrait embrasser
D’obscurs pêcheurs sur des sables brûlants
D’obscurs naufragés dans des cours de ciment
Que surgit-il de la terre ?
Qu’est-ce qui orbite la fatigue ?
Qu’est-ce qui s’enfonce dans la cendre ?






III.

À travers la fente, l’œil découvre
ce que les murs et les racines
savaient déjà. Et inutile est le mot,
Et vain est le jeu des enfants dans la fange.
Car finalement rien n’obtient l’aliment
de soi-même, rien n’atteint
ce qu’il poursuit, rien ne se transfigure.
Même l’air a son propre poids
Même les danseurs meurent dans le feu
Même le poisson fini dans les filets ou dans la théologie.


IV .

Comment devrais-je l’appeler?
Sœur, masque, museau de loup,
puits, tuile, reflet, laurier,
démon ? Je sens
que tout mot pourrait convenir
mais qu’aucun ne peut l’atteindre là où
elle naît et réside.
Elle s’enfuit, s’égare dans la brume.
Elle est derrière moi dans le miroir.
Elle vit à une hauteur indéfinie, sans mesures.
Elle est sans poids et rend inutile la balance.


V.

Nos mémoires gèleront lorsque la terre
que nous foulons sera sèche.
Sous nos yeux gèleront les vagues,
la voie lactée, le livre, l’éclair.
Comment l’éviter? Comment éviter
qu’arrive ce qu’il devra nous arriver?
Pourquoi sur toutes les plages,
au soir, un cadavre de poisson,
et parmi les galaxies, une galaxie obscure
qui n’émet plus ni son ni lumière?
Pourquoi ne peuvent-ils être éternels,
le mouvement du nageur entre les vagues
le parfum des roses dans le jardin
et nos images dans le reflet des flaques et des miroirs?





VI.

Il plonge sa main dans l’ombre
Et la prend pour de l’eau un instant.
Il ne rêve pas.
Il rêve d’un mannequin sous la pluie.
Il meurt et se réveille dans le même lit,
sous la même couverture.
Dehors, des bourdons dans les fleurs,
de lointains aboiements de chiens
qu’il ne voit ni n’entend.
À l’aube, comme de coutume, un
un appel auquel il ne répondra pas
et,de l’autre côté, à nouveau
et peut-être pour la dernière fois,
une bouche pure, une musique céleste et pure :
Pourquoi n’allons nous pas vers la mer,
Pourquoi ne pas nous déshabiller dans la mer.


VII.

Voici la maison. Ce n’est pas seulement
la foi, ni le rêve, ni la volonté, ni le désir.
C’est une matière dure et drue
une pierre sur l’autre,
jours et nuits, pendant des années.
Une ombre à l’intérieur d’un chiffon
ne suffit pas comme amante ou comme sœur.
Le désir naîtra-t-il du fond de la terre,
au bout de ces heures,
au plus fort de la tempête?
Sera-t-il alors l’âge propice,
le moment d’avoir faim et soif,
de trouver quelque chose les yeux fermés?